Shakespeare in Song

Pourquoi la traduction de Jean-Michel Déprats

Il existe de très nombreuses traductions des Sonnets, les plus remarquables étant à mon sens celles de François-Victor Hugo, d’Yves Bonnefoy et de Robert Ellrodt. Mon choix s’est tourné vers la traduction de Jean-Michel Déprats qui réussit le pari de traduire Les Sonnets en respectant une forme poétique sans en être esclave et sans se détacher d’une certaine « théâtralité » ou oralité inhérentes à l’écriture de Shakespeare. C’est d’ailleurs ce que Jean Michel Déprats a respecté tout au long de son travail de traduction. Il évite par exemple l’exercice de style rhétorique et limitatif consistant à réintroduire la rime partout en fin de vers, ou le respect des dix syllabes du pentamètre, Les Sonnets étant écrits originellement en décasyllabes iambiques.

 

De fait, l’alexandrin offre à ses traductions un nouveau cadre poétique, rigoureux mais plus spacieux, lui laissant davantage de liberté pour restituer le sens. Cependant, le respect des douze pieds est lui aussi quasi impossible d’un bout à l’autre du travail en raison de la différence radicale des deux langues ; les mots d’anglais élisabéthains étant souvent brefs, monosyllabiques, et les nôtres plus longs.

 

Parfois, rarement, nous sortons alors de l’équilibre des douze pieds, pour inclure un décasyllabe ou un vers de quatorze pieds, le sens ne cédant jamais à la forme.

 

L’alexandrin impose enfin une forme musicale et un rythme efficace, propice à l’expression poétique et à l’harmonie de l’ensemble.

 

Pour moi, la traduction de Jean-Michel Déprats offre une précision rigoureuse et fluide, orale et imagée, très proche du sens original, avec parfois même un lyrisme qui entre en totale harmonie avec le projet musical que nous défendons.

 

Alexandre Martin-Varroy