Histoire de l'œuvre

 

En 1913, André Hellé, fabriquant de jouets pour enfants, décorateur à l'opéra et au théâtre, dessinateur, imagine un nouveau conte illustré pour les fêtes de Noël : La Boîte à joujoux.

 

Pour pousser plus loin sa créativité, il demande à Claude Debussy de composer une partition qui accompagnerait l'ouvrage !

 

Debussy, père depuis 8 ans d'une petite fille qu'il adore, renoue avec son enfance dont il ne parle jamais... Peut-être en a-t-il peur ? Peut-être a-t-il gardé quelques traumatismes de l'emprisonnement de son père, à la suite de la Commune de Paris ?
 

Le compositeur de Children’s Corner accepte sans ambages et se met à l’ouvrage, imaginant un ballet pour marionnettes, bien que Hellé eût préféré que l’ouvrage soit interprété par des enfants.

 

« La boîte à joujoux serait une pantomime sur la musique que j’ai écrite dans les albums de la Noël et du jour de l’an, pour les enfants », dit Debussy.

 

La partition pour piano est prête dès octobre 1913.

 

Ensemble, ils éditent une revue originale: Hellé illustre le récit de ses dessins, et tout du long, la partition de Debussy pour piano accompagne l’action.

 

La Boîte à joujoux doit ensuite être portée à la scène sous forme de ballet dans une scénographie de Hellé. Malheureusement, ce n'est pas possible tout de suite car l'histoire parle d'un soldat et d'une guerre de jouets : nous sommes en décembre 1913 et, neuf mois plus tard, la Première guerre mondiale éclate. Il est jugé inopportun de traiter de la guerre avec humour et ironie dans ce contexte.

Illustration d'André Hellé, 2ème tableau de La Boîte à joujoux, p. 31 (Editions Durand, 1913)

 

Cependant, leur projet n'est en rien politique et se veut un petit diversement s'appuyant sur une mise en scène minimaliste, un projet de spectacle pouvant même être joué par des enfants ou des marionnettes.

 

Un projet de production chorégraphique avec orchestre est prévu dans la foulée à l’Opéra Comique, mais en vain, interrompu par la guerre.

 

L’œuvre orchestrée sera achevée après la mort du compositeur (1918), et le ballet chorégraphique finalement créé au théâtre lyrique du Vaudeville le 10 décembre 1919, avec une troupe de danseurs professionnels, dans les décors et costumes de Hellé.

 

Une deuxième version, toujours scénographiée par Hellé, est produite au Théâtre des Champs Elysée en 1921 par les ballets suédois.

 

Enfin, c’est en 1925, sous la direction de Louis Masson et Georges Ricou que l’œuvre entre au répertoire de l’Opéra-Comique, aux côtés de Pelléas et Mélisande.

 

Hellé signe une nouvelle fois les décors et costumes dans une nouvelle forme.

 

 

Argument d’origine

"Des poupées dansaient : Un soldat vit l’une d’elles et en devint amoureux.

Mais la poupée avait déjà donné son cœur à un polichinelle paresseux, frivole et querelleur. Alors les soldats et les polichinelles se livrèrent une grande bataille au cours de laquelle le pauvre petit soldat de bois fut fâcheusement blessé.

Délaissée par le vilain polichinelle, la poupée recueillit le soldat, le soigna et l’aima : ils se marièrent furent heureux et eurent beaucoup d’enfants.

Le polichinelle frivole devint garde- champêtre. Et la vie continua dans la boîte à joujoux."

 

André Hellé - La Boîte à Joujoux (Editions Durand, 1913).