Une adaptation nécessaire du scénario de La Boite à joujoux, pour une plus grande théâtralité, en intégrant jeu masqué, danse et jeu de marionnette !

 

- Adaptation

L’œuvre de Debussy et de Hellé, s’accompagne d’un texte narratif écrit par Hellé, nécessitant la présence d’un acteur-récitant.

 

L’histoire du soldat, du polichinelle et de la poupée y est racontée, et autour d’eux, d’autres « jouets » (une quinzaine environ !) participent à l’action.

 

L’œuvre se destinait à deux possibilités de représentation :

La version concert avec récitant, ou la version ballet avec danseurs mais sans récitant.

 

Tout en respectant l'histoire de Hellé, j’ai souhaité adapter l’œuvre pour que le spectacle puisse intégrer musique, théâtre, danse et même de la marionnette, avec seulement trois interprètes : une pianiste, un comédien et un danseur.

 

Pour que cela fonctionne, une adaptation théâtrale du livret était nécessaire, et j’ai resserré l’histoire autour de trois protagonistes :

 

La poupée, incarnée par la pianiste, est poursuivie par deux amoureux jaloux : le soldat, interprété par le danseur, et le polichinelle interprété par un acteur masqué.

 

- Théâtre et jeu masqué

Le polichinelle, personnage de la Commedia dell Arte, confié au comédien, vit l’action et la commente en jeu masqué, avec tous les codes techniques de ce registre.

 

Le masque permet de pouvoir jongler d’un personnage à un autre tout en étant joué par le même acteur. Ainsi, l’adaptation a pu conserver trois autres petits personnages qui prendront vie au quatrième tableau, grâce à des changements de masques et de costumes furtifs.

 

Outre les avantages dramaturgiques et d’effectif, elle est au plus proche de ce que souhaitaient Debussy et Hellé : se rapprocher « d’une pantomime musicale pour les enfants ». (Monsieur Croche et autres écrits, Claude Debussy, Gallimard, 1987, p.176)

 

- Danse et mouvement

Le rôle du soldat est confié au danseur. Il s’exprime à la manière des films muets d’autrefois, et ce uniquement grâce au mouvement.

 

Debussy ne souhaitait pas un ballet trop développé, trop construit, à l’encontre des ballets grandioses de Diaghilev. Selon lui, « un maitre de ballet ne sera pas utile. Seul un metteur en scène « habile » suffira » (Lettres de Debussy à son éditeur / Durand,1927).

 

Rien de très étonnant, quand on connaît la soif de liberté de Debussy, son goût pour l’arabesque toute en nuance, et la simplicité.

 

C'est Afshin Ghaffarian, jeune artiste et danseur d’origine iranienne (diplômé du Centre National de la Danse) qui effectue l’écriture chorégraphique du spectacle, et interprète le rôle du soldat.

 

L’univers chorégraphique du spectacle suit l’histoire originale imaginée par Hellé mais s’éloigne d’un ballet trop réaliste, au profit d’un univers souvent abstrait et onirique, proche de l’esquisse et du symbolisme, que la poésie et la créativité de ce jeune artiste aux multiples talents sait parfaitement susciter.

 

La présence et la sensibilité orientale d’Afshin se prête admirablement à ce ballet. Debussy aimait l’exotisme et les voyages, il manifestait un goût prononcé pour les sonorités lointaines, rêves d’union entre orient et occident.

 

- Marionnette

Le personnage de la poupée est une vraie poupée de chiffon, qui prend vie comme une marionnette.

Ce principe nécessite un vrai travail de « manipulation » pour l’acteur et le danseur qui sont amenés à l’articuler.

Mais la poupée est aussi le miroir de la jeune pianiste en personne ; elle est physiquement son prolongement. C’est pour cela qu’elles sont habillées de la même façon.

 

L’ensemble de ces registres nous permet de remédier à beaucoup d’obstacles dramaturgiques et d’installer une vraie dynamique théâtrale, ludique et créative.

 

En outre, l’utilisation du masque et de la marionnette est un aspect historique de l’œuvre puisque Hellé, dans la version chorégraphique de 1919, avait utilisé des masques et des costumes de « jouets-marionnettes » pour ses danseurs.

 

La mise en scène imaginée tente de donner un nouveau souffle à cette fable métaphorique de la société humaine imaginée par Hellé.

 

"Les boîtes à joujoux sont des sortes de villes dans lesquelles les jouets vivent comme des personnes. Ou bien les villes ne sont peut-être que des boîtes à joujoux dans lesquelles les personnes vivent comme des jouets."

 

André Hellé - La Boîte à Joujoux (Editions Durand,1913).