Achille Claude Debussy (1862-1918), compositeur

Figure prééminente de la musique française du début du XXe siècle, Claude Debussy s'impose parmi les compositeurs les plus visionnaires de tous les temps.

Artiste libre, à l'écart des dogmes et des chapelles - « J'abomine les doctrines et leurs impertinences », disait-il -, son langage accorde une place importante à la couleur et aux timbres instrumentaux. Après le succès du Prélude à l'après-midi d'un faune en 1894, et celui des Nocturnes en 1900, la création de l'opéra Pelléas et Mélisande en 1902 a beaucoup contribué à asseoir sa réputation.

 

Par la suite, sa passionnante évolution esthétique s'est principalement illustrée dans le domaine instrumental, que ce soit au piano (Estampes, Images, Préludes, Children's corner, Etudes, etc.) ou à l'orchestre (La Mer, Images, Jeux, etc.). Autant de pages souvent empreintes de mystère et de sensualité, où s'expriment l'amour de Debussy pour la nature et sa capacité d'en restituer l'immense respiration.

« Le temps de Debussy est aussi celui de Cézanne et de Mallarmé : cet arbre à triple tronc est peut-être "l’arbre de la liberté" de l’art moderne. » Pierre Boulez

 

« Je voudrais cela plus flou », demandait Debussy à un de ses chefs d’orchestre chargé de diriger les Nocturnes en 1901.

 

- Plus vite ? répond le chef

- Non plus flou.

- Plus lent ?

- Non, plus flou. »

 

Propos rapportés par Jean-Yves Tadié, Le Songe Musical, éditions Gallimard, 2008.

 

A propos de la musique de la Boîte à joujoux

Il existe en fait aujourd'hui deux versions différentes de la musique composée pour la Boîte à joujoux : une version d’origine pour piano, et une version orchestrale posthume.

 

Décédé en 1918, le compositeur n’eut pas le temps d’achever la version orchestrée, et c’est son élève André Caplet qui s’en chargea.

 

Structure et texture musicale

 

La partition est composée d’un prélude suivi de quatre tableaux :

-Le magasin de jouets

-Le champ de bataille

-La bergerie à vendre

-Après fortune faite.

La partition s’achève par un court épilogue.

 

Des motifs différents selon chaque personnage, notés au début du livre illustré, évoluent au cours de l’œuvre selon les situations théâtrales qui accompagnent l’histoire.

 

Ces motifs sont renforcés subtilement par de nombreuses citations à des œuvres musicales savantes ou populaires de l’époque comme la Marche Nuptiale de Mendelssohn, un extrait de  Faust de Gounod, Carmen de Bizet ; quelques « auto-citations » comme Le thème du Petit Nègre ; des chansons populaires françaises (Il pleut Bergère, En avant Fanfan la tulipe), et pour finir des thèmes tziganes et orientaux.

 

Cet aspect tout à fait unique dans l’œuvre de Debussy en fait une œuvre de synthèse où le compositeur semble faire le point, avec légèreté et humour, sur ses acquis et ses goûts musicaux, empruntant le chemin de l’épure et de la simplification dans son processus stylistique de composition.

 

Enfin, l’œuvre, dans sa texture musicale, rappelle certains aspects de la musique de Stravinsky, que Debussy admirait, et même de Moussorgsky dont l’influence est évidente.

 

Des allusions au jazz et au "Cake Walk", finissent de donner à cette œuvre une brillance éclectique extrêmement savoureuse.

 

Comme dans beaucoup d’œuvres de Debussy, la musique toute en nuances, sensible, évolutive se prête admirablement au ballet et à la danse.

 

Pourquoi le choix de la version pour piano et non la version orchestrale ?

 

Parce que cette version est un chef d’œuvre injustement délaissé !

 

Par erreur, la partition pour piano de 1913 fut longtemps considérée comme la réduction d'une version orchestrale qui n’aurait pas vu le jour immédiatement, à cause de la guerre.

 

La partition pour orchestre finira en effet par sortir en 1919, achevée par un autre compositeur (Debussy n'eut pas le temps de finir le travail avant sa mort en 1918).

 

Depuis, on a prouvé que la version pour piano n’est pas une réduction mais bien une œuvre pianistique à part entière, digne d’être jouée comme telle. Cependant, aujourd’hui encore, l’identification de la version pour piano comme « réduction », persiste.

 

Cent ans après la parution du ballet, il nous a paru important de redonner ses lettres de noblesse à une création pianistique des plus originales de Debussy, mais aussi la plus longue.