Je suis un oeil / Un oeil mécanique / Moi, c'est-à-dire la machine, je suis la machine qui vous montre le monde comme elle seule peut le voir / Désormais je serai libéré de l'immobilité humaine / Je suis en perpétuel mouvement / Je m'approche des choses, je m'en éloigne / Je me glisse sous elles, j'entre en elles / Je me déplace vers le mufle du cheval de course / Je traverse les foules à toute vitesse, je précède les soldats à l'assaut, je décolle avec les aéroplanes, je me renverse sur le dos, je tombe et me relève en même temps que les corps tombent et se relèvent… Voilà ce que je suis, une machine tournant avec des manoeuvres chaotiques, enregistrant les mouvements les uns derrière les autres, les assemblant en fatras. Libérée des frontières du temps et de l'espace, j'organise comme je le souhaite chaque point de l'univers. Ma voie est celle d'une nouvelle conception du monde. Je vous fais découvrir le monde que vous ne connaissez pas.

 

Dziga Vertov - Extrait du Manifeste du Ciné-Oeil, 1923

L'Homme à la caméra (Человек с киноаппаратом, Chelovek s kinoapparatom) est un film soviétique réalisé par Dziga Vertov en 1928. Film muet, il montre une réalité du communisme naissant. Tourné à Odessa, le synopsis du film repose sur le quotidien de ses habitants, du matin au soir, explorant toutes les facettes du travail, des loisirs, de la ville.


Le film est célèbre surtout par son approche très éclatée, la musicalité de son montage (pour un film muet), les nombreuses techniques cinématographiques utilisées (surimpression, superposition, accéléré, ralenti, etc). Il est aussi célèbre pour sa mise en abyme (le film dans le film) : on suit le caméraman tournant le film, on montre le montage d'une séquence de ce film et une autre scène présente un public regardant l'homme à la caméra sur grand écran... Il illustre la théorie du cinéma de Vertov : le Ciné-Oeil.

 

Au milieu des années 1990, Pierre Henry réalisa une musique de film (électroacoustique) synchronisée.

 

En 2000, le groupe de jazz anglais The Cinematic Orchestra composa une trame sonore inspiré de ce film.

 

Puis ce fut le tour de Michael Nyman en 2006.

 

Enfin, celui de Gilles Tinayre, avec une musique "rurale" et festive puisant ses sources dans les racines slaves et balkaniques.

 

 

Production : VUFKU (Comité pan ukrainien du cinéma et de la photo)

Réalisateur : Dziga Vertov (de son vrai nom Denis Kaufman)
Caméraman : Mikhaïl Kaufman (son frère)
Assistante au montage : Elizaveta Svilova (sa femme)
Premières : Kiev, le 8 janvier 1929 / Moscou, le 9 avril 1929

D'après le Hors-série TELERAMA : Le Guide du Cinéma Chez Soi - TTT

 

Une salle de cinéma - sièges, écran, lumière, cabine du projectionniste, fosse d'orchestre - et des spectateurs qui la remplissent peu à peu. Sur l'écran, une ville s'éveille sous le regard minutieux d'un caméraman qui traque les mille et une choses de la vie : un tramway qui passe, un avion qui s'envole, les rues débordent d'activité, les ateliers se remplissent et les machines se mettent à tourner. Tout vibre, bruisse, s'accélère, s'emballe jusqu'à l'éblouissant montage final qui relie les spectateurs de la salle à la vraie vie à l'écran...

 

A la fois manifeste futuriste et traité de grammaire cinématographique, le film se veut l'archétype de ce "Ciné-Oeil", refusant pêle-mêle l'art bourgeois, la fiction, le jeu d'acteurs et la facilité des intertitres. Un festival d'effets spéciaux donne sa force à ce film manifeste, véritable pilier du septième art.

 

Xavier Lacavalerie