L'Homme à la caméra (Chelovek s kinoapparatom, Человек с киноаппаратом) est un film soviétique réalisé par Dziga Vertov en 1928. Film muet, il montre une réalité du communisme naissant. Tourné à Odessa, le synopsis du film repose sur le quotidien de ses habitants, du matin au soir, explorant toutes les facettes du travail, des loisirs, de la ville.


Le film est célèbre surtout par son approche très éclatée, la musicalité de son montage (pour un film muet) les nombreuses techniques cinématographiques utilisées (surimpression, superposition, accéléré, ralenti, etc). Il est aussi célèbre pour sa mise en abîme (le film dans le film) : on suit le caméraman tournant le film, on montre le montage d'une séquence de ce film et une autre scène présente un public regardant l'Homme à la caméra sur grand écran... Il illustre la théorie du cinéma de Vertov : le Ciné-oeil.

Mais au moment de sa sortie il n'a pas fait l'unanimité. Eisenstein écrit que ces images sont des « coq-à-l'âne formalistes et de pitreries gratuites dans l'emploi de la caméra ». (Devaux, p.53)

L'esthétique du film est fortement marquée par les mouvements d'avant-garde de l'époque, principalement par le constructivisme. C'est tout à la fois documentaire et film expérimental. On peut le considérer comme un manifeste de la recherche esthétique du cinéma d'avant-garde soviétique, encore indemne des contraintes artistiques que subiront par la suite les artistes d'URSS.

Plusieurs images sont mémorables : celle d'un homme qui se promène avec une caméra sur trépied dans le dos, un œil en très gros plan en superposition avec celui d'un objectif de caméra, la surimpression d'un caméraman géant installé sur un toit... En 1983, le groupe "Un drame musical instantané" composa une musique originale jouée en direct avec leur orchestre de 15 musiciens (création au Festival Musica à Strasbourg), parue en 33 tours sur le label GRRR.

Au milieu des années 1990, Pierre Henry réalisa une musique de film (électroacoustique) synchronisée. En 2000 le groupe de jazz anglais The Cinematic Orchestra composa une trame sonore inspiré de ce film. Puis ce fut le tour de Michael Nyman en 2006. Enfin, de Gilles Tinayre en 2009, avec une musique "rurale" et festive puisant ses sources dans les racines slaves et balkaniques. 

 

- Production : VUFKU (Comité pan ukrainien du cinéma et de la photo)

- Réalisateur : Dziga Vertov (de son vrai nom Denis Kaufman)
- Caméraman : Mikhaïl Kaufman (son frère)
- Assistante au montage : Elizaveta Svilova (sa femme)
- Avant-première du film : 1928
- Première : à Kiev le 8 janvier 1929 et Moscou le 9 avril 1929

 

Le pitch

 

[D'après le Hors-série TELERAMA : Le Guide du Cinéma Chez Soi - TTT]

 

Une salle de cinéma - sièges, écran, lumière, cabine du projectionniste, fosse d'orchestre - et des spectateurs qui la remplissent peu à peu. Sur l'écran, une ville s'éveille sous le regard minutieux d'un cameraman qui traque les mille et une choses de la vie : un tramway qui passe, un avion qui s'envole, les rues débordent d'activité, les ateliers se remplissent et les machines se mettent à tourner. Tout vibre, bruisse, s'accélère, s'emballe jusqu'à l'éblouissant montage final qui relie les spectateurs de la salle à la vraie vie à l'écran...

 

A la fois manifeste futuriste et traité de grammaire cinématographique, le film se veut l'archétype de ce "Ciné-Oeil", refusant pêle-mêle l'art bourgeois, la fiction, le jeu d'acteurs et la facilité des intertitres. Un festival d'effets spéciaux donne sa force à ce film manifeste, véritable pilier du septième art.

 

(Xavier Lacavalerie)

Découvrez ici les premières maquettes musicales composées par le compositeur Gilles Tinayre !