"Un matin de septembre, un roulement de tambour aux
quatre coins du village : Napoléon, le Badinguet, il venait de perdre à Sedan ! Bismarck l'avait même fait prisonnier !
Ordre de la mairie : il fallait aller à Paris vendre la vache, les fourrages, ne rien laisser
pour les Prussiens. Nous sommes partis."
Alphonse Daudet
"Courage ! On refera l'effort des jours anciens.
Paris avant un mois chassera les Prussiens."
Victor Hugo
"Nous avons des droits sur les races inférieures.
Les races supérieures ont sur les races inférieures un droit qu'elles exercent et ce droit, par une transformation particulière, est en même
temps un devoir de civilisation."
Jules Ferry
"Je n'ai qu'une passion, celle de la lumière,
au nom de l'humanité qui a tant souffert et qui a droit au
bonheur."
Emile Zola
"Va, nous te referons de belles funérailles...
Le jour où noirs de poudre, ayant passé le Rhin,
Nous irons rechercher, hachés par les mitrailles
Les drapeaux de Sedan, dans les murs de Berlin ! "
(« L'Alsace-Lorraine au tombeau de Gambetta »)
Lettre de Maurice Maréchal (1914)

Lettre de Maurice Maréchal, 27 septembre 1914, Paroles de Poilus p 44 (Collection Librio - J'ai lu) (extrait) :
"Ah que c'est long, monotone et déprimant. Voilà quinze jours que nous restons sur place. En 1870, il y eut de formidable batailles où les armées se cognèrent vraiment avec acharnement ! Je pense à ces régiments de cavaliers balayant la plaine, ces combats corps à corps, ou presque dans les rues de villages : eux les voyaient les prussiens ! Nous, nous ne les voyons pas ! Pour la malheureuse infanterie, la tâche est bien facile à résumer : se faire tuer le moins possible par l'artillerie. Pour cela, on marche la nuit, les mouvements se font au petit jour et au crépuscule, on a toujours l'air de se cacher. Une fois arrivé au poste de combat, chacun prend ses positions, ici telle compagnie, là telle autre, là le commandement. Puis on se terre dans les tranchées et on attend. On ne voit rien, mais on entend : c'est tout de même quelque chose ! L'artillerie se met à cracher, on compte les coups, on risque un oeil pour mesurer la distance à laquelle éclatent les projectiles ; on se baisse vivement lorsqu'on perçoit, ironique et railleur, le dss, dss d'une nouvelle marmite. Et voilà l'héroïsme de nos jours: se cacher le mieux possible. Evidemment, à force de s'amuser d'un côté et de l'autre à s'envoyer, les uns de la picrite, les autres de la mélinite plein les obus, il arrive quelques bobos..."
La chanson de Craonne (1917)

(...)
Adieu la vie, adieu l'amour,
Adieu toutes les femmes.
C'est bien fini, c'est pour toujours,
De cette guerre infâme.
C'est à Craonne, sur le plateau,
Qu'on doit laisser sa peau
Car nous sommes tous condamnés
C'est nous les sacrifiés !
C'est malheureux d'voir sur les grands boul'vards
Tous ces gros qui font leur foire ;
Si pour eux la vie est rose,
Pour nous c'est pas la mêm' chose.
Au lieu de s'cacher, tous ces embusqués,
F'raient mieux d'monter aux tranchées
Pour défendr' leurs biens, car nous n'avons rien,
Nous autr's, les pauvr's purotins.
Tous les camarades sont enterrés là,
Pour défendr' les biens de ces messieurs-là.
(...)
Ceux qu'ont l'pognon, ceux-là r'viendront,
Car c'est pour eux qu'on crève.
Mais c'est fini, car les trouffions
Vont tous se mettre en grève.
Ce s'ra votre tour, messieurs les gros,
De monter sur l'plateau,
Car si vous voulez la guerre,
Payez-la de votre peau !
On n'est jamais seul (1939)

J'ai toujours eu l'habitude
D'avoir du monde tout plein
Quand j'suis dans la solitude
Comme les anglais j'ai le « splin »
Alors je m'suis fait moi-même
Une famille au régiment
En donnant un nom d'baptême
Aux objets d'mon fourniment
C'est un truc que j'ai lancé
Dam ! Il fallait y penser !
(...)
Attends-moi Mon Amour (1941)

Attends-moi, mon amour,
Avec un peu de chance
Je serai bientôt de retour
Prenons patience...
Attends-moi, mon amour,
Dans ce beau coin de France,
Qui fut témoin de tant de jours
Pleins d'insouciance...
Et comme aux heures du passé
Notre existence
Pourra, je pense
Recommencer
Attends-moi, mon amour,
Chaque jour qui commence
Peut être celui du retour...
Garde confiance
(...)
Lettre de Nathan Zakon (1942)

Lettre de Nathan Zakon, juillet 1942, Paroles d'étoiles p. 71, chapitre « Naufrage » (Collection Librio - J'ai lu) (extrait) :
"Monsieur le préfet régional,
J'ai bien l'honneur très respectueusement de solliciter de votre bienveillance votre intervention auprès des autorités allemandes pour faire revenir mon père et ma mère qui ont été arrêtés le 9
octobre 1942 sans autre motif que d'être de religion juive.
Le 19 juillet 1942, une soeur âgée de 18 ans, avait déjà été enlevée, et à ce jour aucune nouvelle d'elle n'est parvenue, ce fait vous a déjà été signalé. Arrestation à Saint-Dizier, départ ensuite
pour Châlons-sur-Marne et enfin transfert à Drancy d'où nous n'avons plus rien reçu d'elle depuis son départ de cette ville.
Ma mère Mme Zakon est âgée de 52 ans et de plus gravement malade ayant besoin de l'aide constante d'une tierce personne.
Mon père Zakon Israël âgé de 49 ans est lui aussi malade, il était en instance de soins aux ordres de M. le docteur Desprès, de Saint-Dizier qui avait prévu un mois d'arrêt de travail.
Malgré une telle situation, il furent emmenés l'un et l'autre par la police française et très certainement sur l'ordre de l'autorité allemande.
Monsieur le préfet régional, je place tous mes espoirs en vos sentiments humanitaires. Je fais appel à votre esprit de justice et d'équité. Je m'adresse en un mot au père de famille que vous êtes
pour que, par votre intervention bienveillante et humaine, mon père, ma mère et ma soeur me soient retournés au foyer détruit et pour calmer mes inquiétudes à leur sujet..."
Le Bar de l'Escadrille (1942)

De grands garçons très francs
Amis du firmament
Les yeux pleins de lumières
Et sans nulle manière
Dans le matin serein
D'une journée sans fin
Calmement décollaient
C'était encore la paix
Au bar de l'escadrille
Parmi les rires et les trilles
Ils fêtaient leurs champions
Au retour des missions
Tous les dangers du ciel
Leur semblaient irréels
Les filles étaient plus belles
Et plus fortes leurs ailes
Mais hélas! Un matin,
La vraie guerre survint
Leurs rires se figèrent
Et leurs traits se crispèrent
(...)
Où es-tu mon amour ? (1947)
Où es-tu mon amour
Depuis tant et tant de jours
Que j'espère, solitaire, ton retour ?
Où es-tu mon amour ?
En quel cieu ? Sous quel séjour ?
Le silence de l'absence semble lourd.
J'ai gardé de ta voix les échos troublants et tendres
Il me semble les entendre quelque fois!
Reviens-moi, mon amour
Le temps passe, Le temps court
Et mon âme te réclame nuit et jour.
