A travers le parcours d’un jeune provincial montant à Paris pour y chercher gloire et succès dans le monde du music-hall, Benjamin Bollen trace un portrait amusant de la France des années 50. Avec un répertoire musical très bien élaboré, une scénographie simple mais efficace, et son total engagement dans son personnage, il plonge littéralement le spectateur dans l’univers tendrement désuet de l’après-guerre.
Vocalement très assuré, il bénéficie d’un accompagnement impeccable au piano et au chant d’Isa Fleur. Le duo fonctionne très bien et leur complicité fait plaisir à voir.
[...] un rythme dynamique, un jeu très précis de Benjamin Bollen qui tient en haleine les spectateurs et des scènes particulièrement réussies comme celles de cabaret en interaction avec le public dans lesquelles il excelle.

 

Elma Débent – 2 mai 2016

 

Coup de cœur

 

Ambiance de folie hier soir au Théâtre Montmartre Galabru pour la dernière de L’Homme de Riom, clin d’œil à Bébel, avant sa reprise le 21 mai à l’Essaïon.

Une salle comble réagissait avec enthousiasme à chaque répartie, chaque pirouette de Benjamin Bollen, chaque moue, chaque pitrerie d’Isa Fleur. Il faut dire que le duo fonctionne à merveille, qui nous emmène aux débuts du siècle dernier avec les mésaventures d’un jeune Rastignac de music-hall, auvergnat monté à Paris pour y trouver la gloire.

C’est drôle, léger, frais, leste et gaillard sans vulgarité, car les deux interprètes ont la grâce et peuvent dire ou chanter les pires insanités avec un élégant humour. Si je retrouvais avec plaisir l’Isa Fleur de La Cantatrice Chaude, toujours pianiste hors pair et comédienne friponne, j’ai découvert avec plaisir un petit jeune homme plein d’enthousiasme et de talent (il a écrit lui-même le spectacle), qui n’est pas sans rappeler parfois Thierry Le Luron.

Et quelle bonne idée de redonner vie à ces chansons des années 1920 à 1950, comme À Bouffémont, le célèbre Ils en sont tous de Robert Rocca qu’on n’oserait plus écrire aujourd’hui, Valentine et ses petits petons, le célèbre Raymonde de l’opérette Trois jeunes filles nues d’Albert Willemetz et Yves Mirande, titre sur lequel se déchaîne notre cantatrice/pianiste, et bien d’autres encore, qu’un public pour la plupart jeune découvrait visiblement avec ravissement.

 Si vous avez raté ce spectacle et que vous avez envie de passer une délicieuse soirée, vous avez quelques séances de rattrapage à partir du 21 mai. Courez-y, « ça vaut mieux que d’attraper la scarlatine » !

 

Nicole Bourbon – 1er mai 2016

 

THEATRAUTEURS

Rions, rions, rions ! Mais pas seulement car cette joyeuse remontée dans le temps nous permet de découvrir (ou redécouvrir) un répertoire tombé bien injustement en désuétude. On savait écrire à l'époque ! Les chansons étaient lestes mais procédant par allusions évitaient la vulgarité.
Avec quatre ans d'avance sur Aznavour et son célèbre Je m'voyais déjà, ce lyrique Rastignac envisage de monter à Paris pour devenir vedette de music-hall. Son irrésistible ascension devra cependant passer par quelques folles péripéties avant d'accéder au zénith !...
Départ : Riom, chef lieu d'arrondissement du Puy de Dôme où l'on riait nettement moins qu'à Paris. Un certain général y fut même condamné par contumace. Inutile de préciser lequel, vous m'avez comprise...
Notre lutin-feu-follet endiablé va nous narrer les situations pour le moins scabreuses qu'il survole sans jamais s'y empêtrer. Car il en connaîtra des aventures et ira même jusqu'à s'engager un temps dans la marine « où les obus sont si pointus »… (celle-ci, il ne l'a pas chantée, aussi ne nous égarons pas !)
En fait le répertoire choisi puisera ses racines dans les années 20 et 30, époque à laquelle l'opérette était encore à la mode.

Trois jeunes filles nues alimenteront largement le programme par le biais de 7 extraits, pas un de moins mais pas seulement.
Il était question de music-hall ?... Alors, Chevalier, Fernandel, Jacqueline Maillan, Andrex, Marie Dubas auront droit chacun à autant de clins d'œil.
Benjamin Bollen est irrésistible de drôlerie active. Comédien avant tout, il envahit la scène, laissant à sa partenaire, Isa Fleur, le périmètre de son piano.

Fort heureusement, celle-ci lui oppose le professionnalisme sans faille de sa délicieuse voix et en ce domaine ses possibilités sont grandes !

Le metteur en scène, François Lis, n'hésite pas à faire participer le public et ce dernier sera sollicité à diverses reprises. Allez-y, vous aurez ainsi l'illusion d'être revenus aux années folles, celles d'une insouciance joyeuse dont vous pourrez vous repaître 1h15 durant.

 

Simone Alexandre – 19 avril 2016

 

Il suffit d'arpenter le boulevard de Clichy, de s'engager dans la célèbre rue Lepic, saluée tout là-haut par le Sacré-Cœur, puis de se perdre dans un entrelacs de ruelles, aux noms évocateurs, notamment celui de l'Armée d'Orient, pour s'imaginer encore à l'époque du chansonnier Aristide Bruant, dont le portrait dû à Toulouse Lautrec continue à s'afficher de façon ostentatoire.

Non, ce n'est pas encore demain que les chansonniers d'antan quitteront le quartier de Montmartre. D'ailleurs ils ont réussi ce coup de maître, séduire un jeune artiste, contemporain du hip-hop, du rap etc., pour reprendre le flambeau, via leur répertoire particulièrement foisonnant.

Benjamin BOLLEN, l'artiste en question, se moque bien de la mode, il sait qu'il n'y a pas de meilleure machine à remonter le temps que celle du théâtre.

Une petite chiquenaude sur notre belle mappemonde temporelle et hop, nous voici avec l'Homme de Riom, qui se prononce « rions ». Avez-vous jamais entendu parler de Riom, qui fut de triste mémoire la capitale juridique de la France sous le régime de Vichy ? Ne rions pas ou plutôt si, car le personnage créé par Benjamin BOLLEN est saisissant de drôlerie.

De constitution mince, il ne cesse de gonfler le torse, tel Artaban, et en impose néanmoins par son élégance, son toupet, son charisme délirant.

Ajoutons que cet original pète le feu. Monté à Paris dans les années cinquante pour devenir le Roi de l'opérette, il nous conte ses mésaventures et ses rencontres, avec l'ironie d'un Candide, qui possède l'art de sublimer les situations les plus ridicules en chantant.

Accompagné de la charmante Isa FLEUR au piano, l'Homme de Riom chevauche allègrement les chansons les plus comiques, les plus joyeuses des années vingt et trente, toujours aussi croustillantes, notamment Ça vaut mieux que d’attraper la scarlatine de Ray Ventura, Est-ce que je te demande ? de Yves Mirande et Albert Willemetz, Quand on n'en a pas de  R. Moretti et A. Willemetz.

Mis en scène par François LIS, voilà un spectacle très excitant, brillant, qui met en valeur le talent formidable de Benjamin BOLLEN et la présence musicale d'Isa FLEUR. Ne laissez pas s'échapper cet étourdissant tourbillon de bonne humeur qui fait vibrer le Théâtre Montmartre-Galabru, courez-y !

 

Evelyne Trân – 28 février 2016

 

Crédit : Jean-Claude Donda