ENGLISH VERSION BELOW

 

 

La musique

 

Peu connue en Europe, la musique de Tchouhadjian, toute arménienne qu’elle soit, est extrêmement tournée vers l’Occident. Gariné est à ce titre une oeuvre profondément influencée par les opéras italien et français (notamment Verdi, Bellini, Rossini, Meyerbeer et Offenbach), mais elle est également teintée d’orientalisme et émaillée d’airs traditionnels.

 

Un métissage subtil et savoureux

 

Ayant fait ses études en Europe comme de nombreux arméniens de la communauté de Constantinople au 19e siècle, Tchouhadjian a découvert et intégré les codes d’un vaste répertoire lyrique, allant du bel canto italien à l’opérette française.
Ainsi, chaque acte débute par un petit prélude instrumental exposant les thèmes principaux dans le style des "ouvertures" de l’époque. Les numéros musicaux englobent toutes les formes (airs, duos, trios, quatuors, quintettes et choeurs) ; les finals, imposants de par leur durée, suivent les péripéties de l’action en enchaînant couplets, récitatifs, parties concertantes et strettes. Mais si l’écriture est très occidentale, l’Orient est partout. Le compositeur n’oublie jamais de colorer sa partition de mélismes, de rythmes syncopés et le traitement orchestral, conçu pour une formation "Mozart" (2.1.2.2/2.2.3.0/cordes/perc.), offre de nombreuses combinaisons rappelant les sonorités des instruments traditionnels.


Une musique brillante, riche et contrastée


A l’instar de Bellini, Dikran Tchouhadjian possède une veine mélodique prolifique, ainsi que l’art de savoir allier gaieté et mélancolie. Il est capable d’imaginer jusqu’à quatre thèmes différents pour un même mouvement, et de les agencer ingénieusement pour en exploiter toute la richesse.
Combinant toutes les techniques d’écriture, il effectue ensuite un vrai travail de développement, qui le rapproche de Brahms ou de Beethoven.


Une musique généreuse et accessible à tous


La simplicité des mélodies ont fait leur popularité. Alternant intervalles relativement petits et envolées lyriques, leur connotation orientale subtile entraîne l’auditeur dans des univers sonores variés et envoûtants.


Une oeuvre chorale


Comme dans de nombreuses oeuvres lyriques, le choeur occupe une place très importante dans Gariné. Intervenant tout au long de l’action, il contribue à la couleur locale et populaire de l’intrigue et étoffe considérablement la partition.

 

The music

 

As the father of Armenian opera, Tchouhadjian is a major figure in the cultural history and the insertion of classical music of the Ottoman Empire throughout the Middle East and Eastern Europe. He knew how to use his European musical education in the service of his Levantine roots. His operettas became famous in many countries such as Greece, Bulgaria, Romania, Vienna and Egypt. His work has also contributed to the Armenian emancipation movement in the Ottoman Empire during the second half of the nineteenth century.
Tchouhadjian’s style was forged from several influences: the Italian school of opera (in Italy he was known as "The Armenian Verdi"), French operetta (when he performed his music in Paris, where he lived in 1891 and 1892, the Parisian press nicknamed him the "Oriental Offenbach"), and, above all, Armenian urban folklore.
French musical critic AdolpheTalasso wrote in La Revue Théâtrale: "Dikran Tchouhadjian was the first composer to use European techniques in Eastern music. His extremely innovative ideas, the originality of his musical language, his colorful orchestrations and his compositions flooding with the light and sun of the East, full of power and enchantment, are remarkable in their mastery of harmony and counterpoint."

 

Le livret

 

L’histoire originelle de Takvor Nalian narre l’histoire du jeune prince Khoushid Bey qui décide d’enlever par amour la jeune Fatimé, fille d’un ridicule vendeur de pois chiches, Hor Hor. Créateur du rôle de Hor Hor, Nalian fait de celui‐ci le personnage principal et donne son nom à la pièce : Léblébidji Hor Hor Ağa.


L’oeuvre subira de nombreux remaniements au fil du temps, notamment la suppression de la plupart des aspects occidentaux dans les productions turques et celle des aspects orientaux dans les productions arméniennes, dont la cohabitation faisait pourtant toute l’originalité de l’oeuvre.


En 1943, en Arménie, Fatimé est rebaptisée Gariné. Devenue le personnage central de l’intrigue, elle donne son nom à l’oeuvre qui connaît sous ce nouveau titre un véritable succès.


Pour son nouveau livret, Gérald Papasian reprend l'intrigue de Nalian (l’histoire de Khoushid et Fatimé) tout en l'enrichissant. Il réinsère tous les aspects orientaux et occidentaux et les justifie par l’astuce dramatique du "théâtre dans le théâtre" : une troupe de théâtre occidental interprète un conte oriental, La Tragédie de Khoushid et Fatimé. À l’image de Constantinople au 19e siècle, l'Europe et l'Asie se rejoignent à nouveau, et l’oeuvre retrouve sa vérité.


Conçue en anglais sur le modèle shakespearien, l’adaptation de Gérald Papasian s’inscrit, sous sa forme française, dans l’esprit de Scribe, Meilhac et Halévy, avec des références à Molière… et même Hergé !

 

Libretto

 

Gerald Papasian’s new libretto is a take-off that outlines the history of the beginnings of Armenian theatre in Constantinople, replacing Takvor Nalian’s original libretto which dealt with a Turkish harem to bypass Ottoman censorship.
The initial plot of Gariné (original title: Leblebiji Hor Hor Agha – Hor Hor Agha the Chickpea Vendor) written by Takvor Nalian in 1875, tells the story of a young prince in Constantinople, Khoushid, in the early eighteenth century, who falls in love with a young girl named Fatimé. In 1943 Fatimé is renamed Gariné in Armenia. It is this version of the opera buffa that would become popular to Armenians worldwide. The work keeps on undergoing a number of adaptations through the years. Armenian versions however, more or less dismiss the colorful Eastern melodies of the scorethatcharacterizes Tchouhadjian’s music.
In his new adaptation, Gerald Papasian has kept the Armenian names and environment while preserving the Eastern strains, along with the Western tunes,thus restoring the magic of the original work. To justify the blend of cultures within the plot, Papasian has conceived a new booklet simply by using the device of “a play within a play”. A young Armenian theater troupe is staging a One Thousand and One Nights’ tale called …The Tragedy of Khoushid and Fatimé! East meets West so archetypal to the Constantinople of the 19th century.

 

 

L'argument

 

Armen, jeune comédien, rêve de créer une grande compagnie dramatique, rompant ainsi avec la tradition populaire du théâtre de rue. Catastrophe ! À la veille de la première, sa comédienne principale démissionne pour rejoindre une troupe concurrente.


Trouver une remplaçante au pied levé s’avère impossible. Markar, un bateleur ami d’Armen, lui offre ses acrobates, mais Armen n’en a que faire. Tous deux découvrent alors une jeune fille à la voix enchanteresse voguant sur une barque : Gariné. Mais les choses se compliquent car le père de Gariné, Hor Hor Agha, vendeur de pois chiches, refuse de voir sa fille embrasser une carrière qu’il juge déshonorante.


Armen essaye de la convaincre dans un duo extrait de la pièce qu’il projette de monter et qui marque la genèse de leur amour… Hor Hor va tout faire pour sauver sa fille des mains de ces "saltimbanques", mais Markar et Shoushane, danseuse de la troupe et fiancée d’Armen, déjouent ses efforts, ce qui donne lieu à de nombreuses péripéties.

 

The plot

 

Armen dreams of founding the first prestigious professional theater in his home town, Constantinople, breaking with the popular tradition of street theater. For the Grand Opening he has chosen a one thousand and one tale, Khourshid and Fatiméby … Dikran Tchouhadjian. Catastrophe! The day before the opening, his leading actress defects to the rival theatre company of Loukoum Bey. A short notice replacement seems impossible. Street performer Markar, his best friend, offers to help out with his acrobats but Armen won't hear of lowering his ‘artistic standards’. They are suddenly struck by the enchanting voice of a young woman singing in a passing boat: Gariné. But things get complicated because Gariné’s father Hor Hor Agha, awholesale chickpea merchant, refuses to see his daughter become a Thespian. Armen tries to convince Gariné and breaks into a duo with her: it is the beginning of their romance. Hor Hor will do anything to save his daughter from these "debauched gypsies", but Markar and Shoushane,the company dance instructor, stop at nothing to frustrate his efforts, which give rise to a series of comical situations.