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Gariné, la "Belle Hélène" arménienne

 

L’opéra‐bouffe de Dikran Tchouhadjian fut créé en 1875 à Constantinople sous le titre de Léblébidji Hor Hor Ağa ("Hor Hor Agha, le vendeur de pois chiches") par la troupe arménienne d’opérette turque.


Il connut un grand succès au 19e siècle dans tout le Proche‐Orient, à l'intérieur et hors des frontières de l'Empire ottoman, et donna même lieu à des adaptations cinématographiques. C’est l’oeuvre lyrique la plus célèbre des patrimoines arménien et turc, considérée aujourd’hui comme appartenant à part égale aux deux cultures.


Après 1915, les manuscrits originaux (conducteur, matériel d’orchestre) de Gariné comme de nombreux ouvrages et manuscrits d'écrivains et compositeurs arméniens de premier ordre furent perdus, détruits ou dispersés.


Seules ont subsisté quelques copies, sensiblement différentes, des pianos‐chants réalisés par des élèves de Tchouhadjian, après la mort de ce dernier. Ce sont ces manuscrits qui ont servi de base aux nombreuses adaptations et orchestrations qui suivront.


Suivant le contexte politique des pays où l’oeuvre était jouée, elle fut tantôt "arménisée", les adaptateurs sacrifiant tous les aspects arabisants de l’ouvrage, tantôt "turquisée", les adaptateurs écartant à l’inverse tous les aspects occidentaux de la partition.


L’oeuvre fut également jouée en URSS, donnant lieu à un arrangement pour orchestre philharmonique, très éloigné de l’esprit original de l’oeuvre.

 

From Léblébiji to Gariné

 

Dikran Tchouhadjian presented the comic opera in 1875 in Constantinople under the title Léblébiji Hor Hor Aga ("Hor Hor Agha, the chickpea vendor"), performed by a Turkish operetta cast.

During the 19th century, it was a big hit throughout the Middle East, crossing the borders of the Ottoman Empire. It has even been adapted several times for the cinema. It is the most famous  lyrical work in the Armenian and Turkish heritage, considered today as equally belonging to both cultures.

After 1915, the original manuscripts for Gariné were lost (conductor, orchestra material), since many works and manuscripts by prominent Armenian authors and composers were lost, destroyed or scattered.

Only a few copies remainedfor voice and piano made by Tchouhadjian's students after his death (although quite different from the original). These manuscripts were used as a base for numerous subsequent adaptations and orchestrations.

The work was adapted to the politics of the country in which it was presented, either more Armenian, removing all Arab influences, or more Turk, removing all western influences from the score.

The work was also presented in the USSR, with a philharmonic arrangement which was quite different from the work's original spirit.

 

 

Gariné et la France

 

En 1891, Tchouhadjian vient à Paris dans l’espoir de présenter ses opéras. Bien que surnommé l’"Offenbach oriental", il ne réussit qu’à faire jouer quelques‐unes de ses oeuvres symphoniques avec l’orchestre du Splendide, faute de financements. Déçu, il rentre en Turquie l’année suivante.


Douze ans plus tard, en 1904, Le Monde illustré annonce la création à l’Opéra‐Bouffe (actuel Théâtre de Paris) d’une opérette de Tchouhadjian en version française, Fleur d’Orient, "représentée plus de 400 fois en Turquie avec un tel succès que des plagiats de ses principales mélodies avaient été faits et utilisés dans une opérette française connue, et que la représentation
de cette oeuvre allait probablement donner naissance à beaucoup de bruit". Malgré cette annonce dithyrambique, plus rien dans les journaux ne confirme que la production eut lieu…


C’est seulement en 1914 que l’Opéra‐Bouffe parle à nouveau d’un projet de production de Fleur d’Orient. Les répétitions commencent, mais sont interrompues à cause de la guerre.


En 1931, le théâtre Eden présente une production communautaire en langue turque. Après deux autres tentatives inabouties en 1932 et 1933, l’opéra est joué au théâtre de la Mutualité en 1938 et 1942 avec des artistes semi‐professionnels dans le cadre de la communauté arménienne de
Paris. On remarque dans le programme de 1942 les noms de Knarig Aznavourian, mère de Charles Aznavour, et la très jeune Aïda, sa soeur, qui danse le grand ballet.


Le matériel d’orchestre et la partition piano‐chant loués à cette occasion disparaissent après la Seconde Guerre mondiale.

 

Gariné in France

 

In 1891, Tchouhadjian traveled to Paris, hoping to present his operas. Although he was called the "Oriental Offenbach", he was only able to produce a few of his symphony pieces with the orchestra at the Splendide, due to a lack of funding. Disappointed, he returned to Turkey the following year.

Twelve years later, in 1904, Le Monde Illustré announced the production of a French version of Tchoudadjian's operetta, Fleur d'Orient, at the Opéra-Bouffe (currently the Théâtre de Paris), "presented over 400 times in Turkey, and such a big hit that the main melodies had been plagiarized and used in a well-known French operetta, and that the production of this work would probably cause quite a stir". Despite the enthusiastic press announcement, no more press coverage can be found to confirm that the production took place...

It wasn't until 1914 when the Opéra-Bouffe again mentioned  a production project for Fleur d’Orient. Rehearsals began but were interrupted by the war.

In 1931, the Eden Theatre presented a community production in Turkish. After two other unsuccessful attempts in  1932 and 1933, the opera was performed in the Mutualité Theatre in 1938 and 1942 with semi-professional artists from the Parisian Armenian community. We note the names of Charles Aznavour's mother, Knarig Aznavourian,  and his very young sister, Aida, who danced the ballet on the program from 1942.

The orchestra score, as well as the piano and voice score used for the occasion, disappeared after World War II.

 

2010 : une découverte inattendue

C’est dans le cadre de l’année de l’Arménie en France (2006‐2007) que Gérald Papasian, comédien, metteur en scène et directeur de l’Institut international Dikran‐Tchouhadjian, entreprend de faire revivre ce chef‐d’oeuvre adapté dans un premier temps en langue anglaise.


Gérald Papasian et Olivier Podesta mettent tout en oeuvre pour retrouver les fameuses partitions et… ils y parviennent ! Cette découverte est considérable : d’après leur expertise, il s’agit en fait du seul matériel au monde, authentifié, de l’oeuvre originale de Tchouhadjian, entreposée à Paris
depuis 120 ans pour des raisons diverses.


Après 1915, l’oeuvre avait été en effet disséminée, souvent mal copiée, tronquée et édulcorée. Seuls ne restaient que quelques pianos‐chants, eux aussi authentifiés.


Ces manuscrits témoignent donc d’une découverte musicale exceptionnelle, ayant permis la restitution de l’intégralité des numéros musicaux mais aussi de versions alternatives de certains airs et ouvertures.

 

2010: an unexpected discovery

 

During the year of Armenia in France (2006-2007), Gérald Papasian, actor, stage director and director of the Dikran Tchouhadjian International Institute, revived the masterpiece with a first adaptation in English.

Gérald Papasian and Olivier Podestà did everything possible to find the famous missing scores and... they were successful! It is a considerable find: according to appraisal, it is in fact the world's only authentic, original work by Tchouhadjian, stored in Paris for 120 years for various reasons.

After 1915, the work had been scattered, often poorly copied, shortened and watered down etc. Only a few piano and voice scores remained, which have also been authenticated.

These manuscripts are an exceptional musical discovery, enabling the full restitution of the musical pieces as well as alternative versions for some of the melodies and overtures.

 

Un nouveau départ

 

Après quelques versions de concert et une présentation de l’acte I au théâtre des Bouffes du Nord, la première mondiale de l’oeuvre en français a lieu au théâtre de Saint-Maur en mai 2010, dans un arrangement réduit pour 9 instruments réalisé par Vincent Bonzom (flûte, 2 clarinettes, basson,
quintette à cordes). Néanmoins, la partition inclut l’intégralité de la partition originelle, ainsi que les numéros musicaux inédits retrouvés à Paris.


La même année, l’opéra fait l’ouverture de la saison à l’Odéon de Marseille. Il y sera repris en 2013 à la demande de la direction du théâtre dans le cadre de "Marseille, capitale européenne de la culture".

 

A new start

 

After several concert versions and a performance of Act I at the Bouffes du Nord Theatre, the world premier for the French version of the work took place at the Theatre de Saint-Maur in May, 2010, in Vincent Bonzom's reduced arrangement for 9 instruments (flute, 2 clarinets, bassoon, string quintet). However, the score included the complete original score, as well as musical pieces that had never been heard before being found in Paris.

The same year, the opera opened the season at the Odéon de Marseille. It was performed again in 2013, as requested by the theatre's direction within the framework of "Marseille, European Capital of Culture".